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CYBERDOSSIER

Convention des Nations Unies sur la cybercriminalité : 21 pays africains s’y engagent

Lors d’un événement organisé à Hanoï au Vietnam les 25 et 26 octobre 2025, 72 pays ont signé la Convention des Nations Unies sur la cybercriminalité dont 21 nations africaines.  Il  s’agit de l’Algérie, l’Angola, du Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, la République démocratique du Congo, Djibouti, l’Égypte, le Ghana, la Guinée-Bissau, la Libye, le Maroc, la Mozambique, la Namibie, le Nigeria, l’Afrique du Sud, le Togo, l’Ouganda, la Tanzanie, le Zimbabwe, le Mali et le Rwanda. Selon les experts des Nations Unies, la Convention a pour objectif de renforcer l’assistance technique et le développement des capacités en particulier dans les pays en développement.

Il faut préciser qu’en Afrique, cette convention se présente comme un outil de mise à niveau des cadres nationaux. Elle favorise une coopération opérationnelle plus efficace entre agences chargées de l’application de la loi relative à la lutte contre la cybercriminalité. Le texte établit un premier cadre mondial pour la collecte, le partage et l’exploitation des preuves électroniques dans les affaires criminelles graves. Il criminalise notamment la fraude en ligne, la diffusion de contenus pédopornographiques, la sollicitation sexuelle d’enfants via Internet et la diffusion non consensuelle d’images intimes. Notons que cette Convention complète d’autres instruments internationaux existants, tels que la Convention de Budapest sur la cybercriminalité et la Convention de l’Union africaine sur la cybersécurité et la protection des données personnelles (Convention de Malabo) déjà adoptés par plusieurs États africains en s’ajoutant aux législations nationales.

Des pays signataires de la Convention

« Nous devons maintenant passer de la signature à l’action. La Convention doit être ratifiée rapidement, mise en œuvre intégralement et soutenue par des financements, des formations et des technologies, en particulier pour les pays en développement », a déclaré M. António Guterres, Secrétaire Général de l’ONU lors de la cérémonie de signature.

L’efficacité de la Convention sur le continent Africain

L’un des impacts immédiatement mesurables de la Convention est la normalisation des mécanismes de coopération internationale entre États africains et leurs partenaires étrangers. Avant la signature de cette Convention, de nombreux pays sur le continent manquaient d’accords bilatéraux efficaces pour l’échange de preuves numériques ou l’extradition de suspects localisés à l’étranger. Avec ce cadre commun, la poursuite de cybercriminels devient plus efficace. Ce qui va réduire les zones de vide juridique qui ont souvent permis aux cybercriminels de se soustraire à la justice. Des opérations coordonnées récentes menées par INTERPOL en Afrique illustrent déjà l’importance de l’action collective. Des campagnes comme Operation Serengeti 2.0 et Operation Sentinel ont permis l’arrestation de milliers de suspects impliqués dans des escroqueries en ligne, des ransomwares et des fraudes sophistiquées, avec des dizaines de millions de dollars récupérés. 

Un central électrique illégal des cybercriminels confisqué en Angola lors de l’Opération Serengeti 2.0

Si la convention offre une feuille de route légale cohérente, l’un des défis les plus profonds reste l’écart de capacités techniques et institutionnelles entre États africains. Les disparités en matière d’infrastructures de cybersécurité, de ressources financières, de formation judiciaire et d’accès à des outils d’enquête spécialisés compromettent l’application effective des engagements pris. Cette réalité est soulignée par les faibles niveaux de ratification des instruments régionaux précédents (la Convention de l’Union africaine sur la cybersécurité et la protection des données personnelles / Convention de Malabo). Laquelle Convention qui n’a été ratifiée que par une minorité de pays sur le continent malgré son entrée en vigueur. 

Des pays signataires de la Convention (Suite et fin)

Par ailleurs, cette fragilité législative et institutionnelle empêche une mise en œuvre homogène des obligations internationales. Sans cadres nationaux modernisés, alignés sur les standards internationaux, et sans programmes substantiels de renforcement des compétences, certains États risquent de signer des accords internationaux qu’ils n’auront pas les moyens de faire respecter. Pour remédier à cette réalité, des initiatives de formation, de financement et de partage de ressources sont indispensables pour que la Convention ne reste pas une simple promesse juridique sans impact opérationnel concret pour les pays signataires de l’Afrique.

Actes concrets de l’Union Africaine pour portée les pays signataires de la Convention

Au final, la Convention des Nations Unies sur la cybercriminalité peut représenter pour l’Afrique une plateforme de transformation profonde si elle est intégrée dans une stratégie continentale inclusive. L’Union africaine, consciente de l’importance de son rôle a déjà identifié la cybersécurité comme un projet phare de la transformation numérique du continent. Afin de tirer parti de la Convention, l’Union africaine pourrait élaborer des mécanismes d’harmonisation législative, des programmes de partage de bonnes pratiques, et des initiatives de renforcement des capacités pour s’assurer que même les États les moins dotés puissent participer activement à la lutte contre la cybercriminalité.

Cela passe par des actions concrètes dont le développement de centres régionaux d’expertise, la formation des magistrats et forces de l’ordre, des ateliers de campagnes de sensibilisation pour le public, et la collaboration avec les partenaires internationaux pour financer ces efforts. Sans une telle coordination, le risque est que la Convention reste juridiquement ambitieuse mais opérationnellement limitée. À l’inverse, bien orchestrée, elle pourrait réduire significativement les pertes économiques causées par les attaques numériques et créer un environnement en ligne plus sûr pour les citoyens, les entreprises et les institutions africaines.

Retrouvez ici les 21 pays africains signataires de la Convention des Nations Unies sur la cybercriminalité 

Source : Chatham House, ONU

Koffi ACAKPO

Journaliste spécialiste des questions de cybersecurité, de protection des données personnelles en Afrique

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