Bienvenue sur la nouvelle version de notre site internet.

CYBERDOSSIER

Cybersécurité mondiale 2025 : Kaspersky publie son rapport sur les entreprises africaines

Le cabinet Kaspersky a publié récemment son rapport annuel « Anatomie d’un Cybermonde », un travail d’experts du paysage des cybermenaces mondiales en 2025. Si les données couvrent l’ensemble du globe, les enseignements sont particulièrement instructifs pour les organisations africaines, trop souvent sous-équipées face à des cybercriminels de plus en plus méthodiques.

Des attaques humaines, pas des machines

Premier signal d’alarme du rapport, les cyberattaques les plus dangereuses ne sont plus le fait de logiciels automatisés, mais d’individus opérant manuellement, clavier en main. En 2025, les attaques menées par des acteurs humains désignées sous le terme APT (Advanced Persistent Threat) ont représenté 23,5 % des incidents de gravité élevée détectés par le service MDR (Managed Detection and Response) de Kaspersky. Associées aux exercices de Red Teaming, ces opérations humaines concentrent près de 47 % de tous les incidents graves. Cette tendance traduit une évolution stratégique majeure, les cybercriminels délaissent les malwares automatisés au profit d’opérations chirurgicales, patientes, difficiles à détecter. Pour les entreprises africaines dont les équipes SOC (Security Operations Center) restent limitées en effectifs et en outils, c’est une menace d’un niveau de complexité inédit.

Incident par Zone Géographique
Incident par Zone Géographique

La région META dans le collimateur

Le rapport place la région META (Moyen-Orient, Turquie, Afrique) à 20,1 % de la clientèle mondiale de Kaspersky en services MDR et IR (Incident Response), devant l’Europe (18,6 %) et l’Asie-Pacifique (9,7 %). Seule la CEI (ex-Union soviétique, 34,7 %) fait davantage appel à ces services. Ce positionnement confirme que l’Afrique et sa région élargie sont désormais pleinement intégrées dans la carte mondiale des cyberattaques. Dans le cadre du service Compromise Assessment (qui évalue silencieusement les systèmes d’une organisation pour y détecter des intrusions passées ou en cours), la région META représente 65,2 % des projets menés en 2025, loin devant l’Asie-Pacifique (24,9 %) et la CEI (9,9 %). Autrement dit, c’est dans cette région qu’on cherche le plus à savoir si l’on a déjà été compromis. Le secteur gouvernemental y pèse 39,1 % des cas investigués, suivi de la finance (19,3 %) et de l’informatique (16,8 %).

Nombre d’incidents de gravité élevée
Nombre d’incidents de gravité élevée

Le ransomware reste le roi des dommages

Malgré la montée en puissance des attaques humaines sophistiquées, le chiffrement des données à des fins de rançon demeure le préjudice numéro un, représentant 39,4 % de tous les dommages constatés lors des interventions en réponse aux incidents. Les secteurs public et industriel restent les cibles privilégiées, avec respectivement 19 % et 17 % des incidents de gravité élevée. Le secteur informatique, lui, a grimpé à 15 %, dépassant désormais la finance (un signal fort sur l’attractivité des prestataires de services technologiques comme points d’entrée vers leurs clients). Les vecteurs d’attaque initiaux les plus utilisés en 2025 confirment cette logique : en tête, l’exploitation d’applications exposées sur Internet (43,7 %), suivie des comptes valides compromis (25,4 %) et des relations de confiance avec des tiers (15,5 %). Pour les organisations africaines qui externalisent massivement leur informatique à des prestataires locaux souvent peu sécurisés, ce troisième vecteur est particulièrement préoccupant. Kaspersky note d’ailleurs qu’en 2025, des cybercriminels ont réussi à compromettre plus de deux organisations successivement pour atteindre une troisième cible finale.

Des outils de cybercriminels
Des outils de cybercriminels

Des attaques longues et silencieuses

Le rapport distingue trois profils d’attaques selon leur durée, et les chiffres sont éloquents. Si 51 % des incidents sont résolus en moins d’une journée (attaques rapides, souvent opportunistes), 33 % durent en moyenne 108 jours (soit plus de trois mois d’infiltration silencieuse) et nécessitent 100 heures de travail pour y répondre. Ces attaques longues, qui combinent chiffrement de données, compromission d’Active Directory et exfiltration d’informations, sont précisément celles que les SOC africains, souvent en sous-effectif, ont le plus de mal à détecter à temps.

L’ingénierie sociale, faille persistante

Le rapport rappelle avec insistance que la technologie ne suffit pas. Le phishing et l’ingénierie sociale représentent plus de 15 % des incidents graves, se classant en troisième position des causes. Dans le secteur des médias, aucune attaque APT directe n’a été détectée en 2025, mais 33,3 % des incidents graves y étaient liés à de l’ingénierie sociale. Des journalistes et communicants sont ciblés comme portes d’entrée vers des cibles plus sensibles. Une réalité que les rédactions et agences de communication africaines auraient tort de négliger. 

Des outils de cybercriminels (suite et fin)
Des outils de cybercriminels (suite et fin)

Des SOC qui n’exploitent que la moitié de leurs données

Le chapitre consacré à l’efficacité des SOC livre peut-être le constat le plus préoccupant du rapport. En moyenne, les centres opérationnels de sécurité ne couvrent par leurs règles de détection que 43 % des sources de données qu’ils collectent. Autrement dit, la moitié des informations disponibles ne servent à rien faute de logique de détection associée. Les sources les moins couvertes sont la télémétrie réseau, les bases de données et les serveurs web (précisément les vecteurs les plus exploités par les attaquants). Kaspersky pointe trois défaillances structurelles récurrentes à savoir l’absence de suivi continu de la couverture de l’infrastructure ; un excès de collecte de données sans finalité opérationnelle et une dépendance aux règles de détection des éditeurs sans personnalisation locale. Ce tableau décrit fidèlement la réalité de nombreuses organisations africaines dotées de SIEM ou d’EDR mais manquant des ingénieurs nécessaires pour les exploiter pleinement.

Des vulnérabilités vieillissantes, toujours actives

Les vulnérabilités les plus courantes
Les vulnérabilités les plus courantes

Le rapport recense les CVE (vulnérabilités connues) les plus exploitées en 2025. Sans surprise, les failles des produits Microsoft dominent (Exchange, SharePoint, Active Directory), mais des produits très présents dans les entreprises africaines figurent également en bonne place : Fortinet FortiOS (CVE-2024-55591, CVSS 9.8), SAP NetWeaver (CVE-2025-31324, CVSS 9.8) et la suite Oracle E-Business (CVE-2025-61882, CVSS 9.8). Kaspersky souligne que 50 % des vulnérabilités exploitées lors des interventions IR aboutissent à une exécution de code à distance, parfois sans authentification préalable. La plupart disposent de preuves de concept publiquement accessibles, ne nécessitant aucune expertise particulière pour être utilisées.

Ce que cela impose aux organisations africaines

Face à cette réalité, Kaspersky formule des recommandations directement actionnables. En premier lieu, l’implémentation d’une gestion des expositions aux menaces à l’échelle de l’entreprise (une approche encore rare sur le continent). Ensuite, un contrôle d’accès strict par rôles, une sauvegarde régulière et sécurisée des données critiques, et enfin des programmes de sensibilisation des collaborateurs à la cybersécurité (le maillon humain étant explicitement désigné comme la vulnérabilité persistante). Pour les organisations qui ne peuvent pas encore se doter d’un SOC interne, le rapport plaide pour l’externalisation vers des services MDR capables de détecter les menaces en moyenne 42 minutes après leur émergence pour les incidents les plus graves (contre des semaines ou des mois sans aucune surveillance active).

Des recommandations de Kaspersky
Des recommandations de Kaspersky

La transformation numérique s’accélère sur le continent africain (banques mobiles, administrations connectées, startups fintech). Ce rapport doit être lu comme un avertissement autant que comme une feuille de route. Les cybermenaces ne font pas de distinction géographique. La sophistication des cybercriminels progresse plus vite que la maturité des défenses. Et le temps d’un continent qui se croyait épargné est définitivement révolu.

Source : Rapport Anatomie d’un Cybermonde 

Koffi ACAKPO

Journaliste spécialiste des questions de cybersecurité, de protection des données personnelles en Afrique

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Prouvez votre humanité: 7   +   1   =  

Bouton retour en haut de la page
SIGNALEMENT