Hygiène numérique : ce qu’il faut maîtriser pour se protéger en ligne
L’usage massif des outils numériques s’est imposé dans la vie quotidienne, entre services en ligne, réseaux sociaux, applications mobiles et transactions digitales. Cette évolution rapide s’accompagne toutefois d’une exposition croissante aux risques cyber, souvent liés non pas à des failles techniques complexes, mais à des comportements humains ordinaires. Dans ce paysage, la notion d’hygiène numérique prend de plus en plus d’importance. Elle renvoie à l’ensemble des pratiques simples permettant de réduire les risques liés à l’utilisation des technologies : gestion des mots de passe, vigilance face aux messages suspects, protection des données personnelles ou encore usage sécurisé des appareils connectés. Pourtant, malgré la multiplication des alertes et des campagnes de sensibilisation, de nombreuses habitudes à risque persistent. D’où l’intérêt d’interroger les bonnes pratiques et les réflexes essentiels à adopter pour mieux se protéger.
Pour en parler, nous recevons pour cette édition du cyberinterview, Eric Ngabonziza, Ingénieur en sécurité réseaux et expert en cybersécurité.
Africa Cybersecurity Mag : Comment définir simplement l’hygiène numérique dans la vie quotidienne ?
Eric Ngabonziza : L’hygiène numérique correspond aux méthodes, systèmes ou astuces mises en place pour appliquer trois principes : la confidentialité, l’intégrité et la disponibilité des données numériques. La confidentialité correspond au fait que les données numériques doivent être accessibles uniquement aux personnes autorisées. L’intégrité signifie que les données transmises d’un point A à un point B doivent rester identiques, sans modification ni altération. La disponibilité signifie que les données doivent rester accessibles à tout moment.
Africa Cybersecurity Mag : Quels sont les comportements les plus risqués que les utilisateurs adoptent sans s’en rendre compte ?
Eric Ngabonziza : D’abord un risque, c’est la combinaison de nos faiblesses, pour ne pas dire nos vulnérabilités, plus les menaces qui tournent autour de nous. Et lorsque ces menaces ont su que ce sont nos faiblesses ou bien que ce sont nos vulnérabilités, ils les exploitent. C’est souvent ce que les gens ignorent, pourtant c’est très risqué.
On reçoit un email avec des liens dedans et on clique sans regarder la provenance. Parce qu’en cliquant sur ce lien, il y a deux possibilités : la première, nous sommes en train de télécharger quelque chose, et cette chose peut être un fichier malveillant, un fichier qui peut nous espionner ou autre chose. Quand on utilise un navigateur comme Mozilla ou Chrome, et qu’ on visite un site web qui demande des identifiants, et lorsque les identifiants sont saisis, le navigateur propose de les enregistrer pour ne pas avoir à les retaper. Cela représente un risque parce que le navigateur n’est pas conçu pour sécuriser correctement les mots de passe. Une fois cette option activée, les mots de passe peuvent être visibles dans la machine. Si quelqu’un a accès à l’appareil, il peut accéder à tous les identifiants. Donc, si un compte bancaire est concerné, cela devient encore plus critique.
Il faut aussi savoir que les médias sociaux ne sont pas des outils conçus pour échanger des informations confidentielles. Même lorsqu’un message est supprimé, par exemple avec l’option “effacer pour tout le monde” sur WhatsApp, il peut exister des copies ailleurs. De la même manière, la fonctionnalité “vue unique” ne garantit pas toujours qu’un contenu ne sera pas conservé ou revu plusieurs fois.
Ce sont des éléments auxquels les utilisateurs doivent faire très attention aujourd’hui.
Africa Cybersecurity Mag : Parlez nous des premiers réflexes à adopter pour sécuriser ses comptes en ligne ?
Eric Ngabonziza : La toute première chose qu’il faut faire, c’est avoir un mot de passe vraiment solide. Les recommandations sont d’utiliser un mot de passe d’au moins douze caractères, comprenant des lettres majuscules, des lettres minuscules, des numéros et des caractères spéciaux. Mais ce n’est pas suffisant. Il ne faut pas utiliser le même mot de passe partout. Chaque compte doit avoir son propre mot de passe. Parce que s’il arrivait qu’un compte soit compromis, au moins les autres seront protégés. Lorsque vous utilisez le même mot de passe partout, une fois que ce mot de passe est connu, tous vos comptes sont compromis.
La deuxième chose, très importante, c’est d’activer le deuxième niveau de sécurité, qu’on appelle souvent le deuxième facteur d’authentification. Le mot de passe est le premier facteur d’authentification. Une fois cette étape franchie, le compte envoie un code sur l’adresse email ou le numéro de téléphone que vous avez renseigné. Il faut récupérer ce code et le saisir. Une fois le code vérifié, l’autorisation d’accéder à votre compte est accordée. Il faut également surveiller les activités de vos comptes. C’est très important, parce qu’il arrive de se demander si une transaction ou un changement a réellement été effectué par soi-même. Garder un œil ouvert sur vos comptes en ligne vous aidera beaucoup.
Africa Cybersecurity Mag : Comment reconnaître une tentative de fraude ou d’arnaque dans un environnement numérique saturé d’informations ?
Eric Ngabonziza : Pour reconnaître une tentative de fraude, la première des choses, lorsque vous recevez un message, par exemple un email, c’est de regarder et d’analyser le contenu. D’abord, regardez d’où ça vient. Si vous connaissez la provenance, c’est mieux, mais regardez quand même le contenu. Lorsqu’il y a une insistance, cela doit attirer votre attention. Par exemple, un message peut se faire passer pour Amazon et indiquer : « Monsieur le client, nous nous excusons parce que nous avons remarqué que nous avons prélevé plus ce qu’il fallait prélever le mois passé. Pour réclamer ce que nous avons pris, voilà un lien qu’il faut cliquer. Mais sachez que ce lien, dans 48 heures, va expirer. »
Cette insistance pour pousser à cliquer, notamment en créant un sentiment d’urgence, doit attirer l’attention. Il faut se demander pourquoi on insiste pour que l’action soit effectuée le plus tôt possible. Le contenu du message est également un élément à observer. Il arrive que vous soyez habitué à un style de communication et que, soudainement, ce style change en mettant de la pression. Cela devrait normalement attirer l’attention et faire penser qu’il peut s’agir d’une arnaque ou d’une fraude.
Africa Cybersecurity Mag : Si vous deviez donner trois réflexes simples pour tout utilisateur, lesquels seraient-ils ?
Eric Ngabonziza : Ce que je dirais pour conclure, c’est que tout le monde doit savoir que la cybersécurité n’est plus seulement pour les gens de l’IT, c’est pour nous tous. La cybersécurité touche tous les domaines et tous les secteurs d’activité, sans exception : les secteurs privés, les secteurs publics, les hôpitaux, les finances…On devrait commencer à s’éduquer et à suivre des actions de sensibilisation. Nous utilisons aujourd’hui beaucoup les services Mobile Money. Nous sommes vulnérables parce que, par exemple, lorsque j’envoie de l’argent à ma grand-mère qui est au village, elle utilise un téléphone. Aujourd’hui, tout le monde a un smartphone.
Ce smartphone est connecté à Internet, au compte Mobile Money et à la banque en ligne. C’est pourquoi nous devons commencer, si ce n’est pas déjà fait, à nous éduquer et à développer notre curiosité pour mieux comprendre ce qu’est la cybersécurité.





