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CYBERDOSSIER

Piratage de comptes WhatsApp : quand le facteur humain devient la première faille

En mai 2026, le Centre National d’Investigations Numériques (CNIN) du Bénin a appelé les utilisateurs béninois à renforcer leur vigilance face à une nouvelle vague de compromission de comptes WhatsApp. Plusieurs signalements ont été enregistrés. Selon les informations communiquées, les cybercriminels utilisent principalement des techniques de manipulation pour obtenir les codes de vérification envoyés aux utilisateurs par SMS ou via le système OTP (One-Time Password). Les cybercriminels usurpent souvent l’identité d’un proche, d’un collègue ou d’une connaissance dont le compte a déjà été compromis afin de convaincre leurs victimes de transmettre leurs codes de sécurité. Une fois le compte piraté, les cyberdélinquants prennent le contrôle de la messagerie et s’en servent parfois pour mener des opérations d’escroquerie financière auprès des contacts de la victime.

WhatsApp, une cible privilégiée où l’humain devient le principal point d’entrée 

Avec plusieurs milliards d’utilisateurs dans le monde, WhatsApp est devenu un outil central de communication personnelle, familiale et professionnelle. Cette forte adoption en fait également une cible privilégiée pour les cybercriminels. Contrairement à certaines idées reçues, les attaques contre WhatsApp ne reposent pas nécessairement sur une faille technique de l’application. Dans de nombreux cas, les attaquants exploitent plutôt un facteur important qu’ est le comportement humain. Le principe est simple. Pour activer un compte WhatsApp sur un nouvel appareil, l’utilisateur doit généralement confirmer son numéro grâce à un code envoyé par SMS. Ce code est une preuve que la personne possède bien le numéro concerné. Les cybercriminels cherchent donc à obtenir ce code directement auprès de la victime. 

« La cybersécurité n’est pas uniquement une question technique, mais avant tout une question de changement de comportements et d’habitudes. Trois quarts des attaques cyber résultent de la méconnaissance ou de l’ignorance. », explique Cédric Ndong, RSSI/CISO Zone Afrique pour un grand groupe minier lors d’une interview accordée à Africa CyberSecurity Mag.

Les scénarios changent, mais la logique reste similaire. La logique est donc de créer une situation d’urgence ou de confiance pour pousser l’utilisateur à révéler une information sensible.  Dans plusieurs campagnes analysées par Kaspersky, les attaquants ont notamment utilisé de fausses pages de vote ou des liens frauduleux demandant une authentification via WhatsApp. La victime pense participer à une opération légitime, mais permet en réalité aux attaquants d’associer son compte à un autre appareil.

Comment fonctionne une prise de contrôle de compte WhatsApp ?
Comment fonctionne une prise de contrôle de compte WhatsApp ?

Comment fonctionne une prise de contrôle de compte WhatsApp ?

Le piratage d’un compte WhatsApp peut prendre plusieurs formes. La méthode la plus connue consiste à récupérer le code de validation à six chiffres envoyé par WhatsApp. L’attaquant tente d’enregistrer le numéro de téléphone de la victime sur son propre appareil. Pour finaliser cette opération, il lui faut le code reçu par la victime. C’est pourquoi les cybercriminels utilisent souvent des techniques de manipulation. Ils se font passer pour un proche, un service technique, une organisation ou une personne ayant envoyé le code  par erreur.

Une autre méthode consiste à exploiter la fonctionnalité « Appareils connectés ». WhatsApp permet à un utilisateur d’utiliser son compte sur plusieurs appareils. Si une victime est convaincue de scanner un QR code frauduleux ou d’autoriser une connexion malveillante, un attaquant peut parfois associer son appareil au compte sans que l’utilisateur remarque immédiatement l’intrusion. Dans ce cas, la victime peut continuer à utiliser WhatsApp normalement alors qu’un tiers dispose également d’un accès au compte. Une fois le compte compromis, les conséquences dépassent souvent la simple perte d’accès. Les attaquants utilisent fréquemment les comptes volés pour envoyer de nouveaux messages frauduleux aux contacts de la victime. La confiance entre proches devient alors un levier d’attaque. Un message provenant d’un ami ou d’un membre de la famille semble plus crédible qu’un message provenant d’un inconnu.

Que faire pour protéger son compte et réagir après une attaque ?
Que faire pour protéger son compte et réagir après une attaque ?

Que faire pour protéger son compte et réagir après une attaque ?

La première règle reste la plus importante : ne jamais partager un code de vérification WhatsApp. WhatsApp rappelle que ces codes sont personnels et qu’aucun représentant officiel ne demande à un utilisateur de les communiquer. L’activation de la vérification en deux étapes constitue également une protection supplémentaire. Cette fonctionnalité ajoute un code PIN demandé lors de certaines opérations sensibles liées au compte. Les utilisateurs doivent également vérifier régulièrement les appareils associés à leur compte dans les paramètres WhatsApp. Tout appareil inconnu doit être immédiatement déconnecté.

Quelques réflexes permettent aussi de limiter les risques :

  • se méfier des demandes urgentes envoyées par message, même lorsqu’elles proviennent d’un contact connu ;
  • éviter de cliquer sur des liens reçus sans vérifier leur origine ;
  • ne jamais saisir ses informations WhatsApp sur un site non officiel ;
  • activer la vérification en deux étapes ;
  • protéger également son adresse électronique associée au compte.

En cas de piratage confirmé, l’utilisateur doit tenter de reprendre le contrôle de son compte en réenregistrant son numéro sur WhatsApp avec le code reçu sur sa carte SIM. Si des appareils inconnus sont connectés, ils doivent être supprimés depuis la rubrique dédiée. Kaspersky recommande notamment d’alerter son entourage lorsqu’un compte a été utilisé par un tiers pour envoyer des messages suspects. Selon Eric Ngabonziza, Ingénieur en sécurité réseaux et expert en cybersécurité, les médias sociaux ne sont pas des outils conçus pour échanger des informations confidentielles. Même lorsqu’un message est supprimé, par exemple avec l’option effacer pour tout le monde sur WhatsApp, il peut exister des copies ailleurs. De la même manière, la fonctionnalité vue unique ne garantit pas toujours qu’un contenu ne sera pas conservé ou revu plusieurs fois. 

Alors, la protection contre ces attaques ne repose donc pas uniquement sur les outils techniques. Elle dépend aussi de la capacité des utilisateurs à reconnaître les signaux d’une tentative de manipulation. Dans le cas de WhatsApp, un code de sécurité reçu sur son téléphone ne doit jamais être transmis à quelqu’un d’autre.

Sources :  Centre National d’Investigations Numériques (CNIN) Bénin, Kaspersky

Christelle HOUETO

Journaliste communicante spécialisée sur les questions de sécurité numérique

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